Das Rheingold : plonge avec les stars

Façade Bastille Ring

Mardi soir, c’était un peu Noël à rebours pour moi : une soirée à jouer l’orpailleur à Bastille. Wagner, le Ring et son Prologue, Das Rheingold. J’aime beaucoup ce Prologue, qui commence à partir de rien (le silence) et dans lequel tout une structure cosmogonique et musicale se met en place.

Imaginons Muriel Hermine, Laure Manaudou et Tom Daley chargés de veiller sur la Place Vendôme après le Big Bang. Pendant la pause clope, ils daubent sur le petit Alberich des archives. Ni une ni deux, ce dernier se prend pour Belmondo et fait le casse du siècle. Du coup, Wothan et ses Wothanettes, qui dégustent des tartes aux pommes pour rester immortel, partent en guerre contre les nains et les géants. « Manger bouger », on voit tout de suite la portée actuelle et progressiste de l’oeuvre.

J’ai beaucoup aimé la mise en scène de Günter Krämer, qui propose une lecture claire de l’oeuvre. Nul besoin d’artifice pseudo intello-contemporain pour montrer cette musique-là. Bien au contraire : assister à un opéra de Wagner (du Ring en particulier) amène nécessairement le spectateur à se poser de multiples questions, à porter un regard complexe et non complaisant sur le monde et sur son rapport au monde. En cela, Wagner a réussi son pari fou d’oeuvre d’art totale. Que l’on aime Wagner, soit. Encore faut-il l’aimer avec lucidité. Au-delà de l’émotion purement esthétique et musicale se cachent bien des choses, que cette mise en scène laisse entrevoir grâce à la présence de danseurs/mimes, à ces « Germania » en construction.

Philippe Jordan à la direction d’orchestre laisse bien entendre l’aspect symphonique de la musique wagnérienne. Non, ce n’est pas qu’une musique de barbares envahissant la Pologne ! Ce que j’aime particulièrement dans l’Or du Rhin, c’est la mise en place des leitmotive, qui seront tissés dans la suite du Ring. J’aime les attendre, les deviner, les redécouvrir. C’est une musique très ludique, vue comme-ça. Les leitmotive du Rhin et du Walhal, tout en légèreté, celui des géants, bien lourdeau, la forge avec son jeu d’enclumes, celui de l’épée, à la toute fin, qui n’a rien à faire là mais tellement annonciateur de la suite. J’évoquais l’idée d’art total souhaitée par Wagner. Cette réponse orchestrale au texte en est un bel exemple.

Mardi, j’ai passé une belle soirée avec les dieux.

Das Rheingold 2013