Les concerts nippons de Sylvie Vartan et les formulaires Cerfa

Dans le cadre de mon travail, je suis parfois amené à recevoir des gens pour les écouter se plaindre, pendant de longues heures, de leurs conditions de travail, de leurs horaires, de leur santé, de la pension alimentaire du gosse, de la mesure disciplinaire qui leur pend au nez…

Qu’est-ce qu’on se marre !

Serpillère

Pour être à fond dans mon rôle, je revêts à ces moment-là mon magnifique habit de « SOS Détresse Bonjour » et là, je suis le plus beau pour aller danser.

Bref, vous l’aurez compris, le « Bureau du Bonheur », de temps en temps, c’est moi.

 

Après avoir souri aux gens et assuré que tout ira bien, je dois remplir tout un tas de choses administratives afin de consigner les échanges. C’est que je ne suis pas le dernier pour rigoler, moi.

Et c’est là que le militant qui sommeille en moi se réveille, à l’instar de Smaug le dragon à l’approche de Bilbo le Hobbit.

Il se réveille souvent, cela dit, le militant.

Par exemple, devant une assemblée de gars bien virils (« on est jamais trop aidés », avec la liaison placée là où il convient) à qui je dois fièrement présenter mon Powerpoint sur les modifications d’organisation du 1% patronal, j’évoque toujours la possibilité que le conjoint soit un conjoint. Pas forcément une conjointe. Ça fait toujours son petit effet (rire gras pendant deux secondes) mais, à chaque fois, j’ai étonnamment droit à la plus grande attention et, parfois, je suis gratifié d’un sourire discret et apaisé par le type caché au fond près du radiateur.

Par exemple, lorsque, devant une bienveillante assemblée de directeurs et de RH, on me demande mon avis sur l’origine des risques psychosociaux dans telle entreprise, j’évoque –entre autre- l’homophobie, je récolte des discrets « ah oui c’est vrai on n’y avait pas pensé ».

Par exemple, à la cantine du boulot, lorsque j’évoque avec passion l’Ultimate Collection de Sylvie Vartan, avec ses cds identiques aux vinyles originaux qui paraissent chaque mois (je suis intarissable sur le sujet). Ou quand les collègues croisent la jolie affiche de son Palais des Congrès 2008 qui trône fièrement derrière ma porte. N’a-t-elle pas chanté J’ai un problème ? ça ouvre la voie de la confidence, je trouve.

Je trouve ça chouette de remuer de temps en temps ces consciences bien rangées.

J’évoquais la paperasse quotidienne du boulot. En effet, sur la plupart des formulaires internes que nous utilisons, sont mentionnés non seulement le salarié de la boîte mais aussi, s’il existe, son conjoint. Les cases à remplir étant alors classiquement précédées d’un non moins traditionnel :

« Monsieur / Madame ».

J’ai donc eu cette semaine l’occasion d’une petite fierté personnelle, en voyant valider par mon boss une de mes propositions : remplacer ce « Monsieur / Madame » tellement cliché par un :

« Salarié(e) / Conjoint(e) ».

Histoire de coller un peu plus à la réalité des questions de société actuelles.

Aussitôt dit, aussitôt fait : « Je fais la modif tout de suite, merci pour ta remarque ».

Bon, c’est pas un Cerfa non plus, on est d’accord. Mais c’est un petit pas de plus.

Du coup, ma petite récompense du jour : les Vinyls Replica Deluxe (c’est comme ça qu’on dit) des concerts japonais de Sylvie Vartan de 1971 et 1973. C’est précis comme le tableau périodique des éléments. Et vu l’intitulé de mon blog, soyez certains que je vous en reparlerai. Mais si, c’est passionnant, je vous assure !

 Sylvie Japon

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