Le plaisir naît-il de la contrainte ?

De mon passage déjà lointain en Lettres Modernes, je retiens essentiellement quatre auteurs :

-Proust. J’ai aimé découvrir son écriture, apercevoir l’architecture de son grand-oeuvre.

-Cortazar. La littérature de l’absurde. Un livre que je recommande : Marelle, avec ses deux intrigantes possibilités de lecture.

-Toni Morrison, que j’ai eu la chance de rencontrer deux fois, et son prix Nobel bien mérité (Beloved).

-Et Zola. Je l’ai découvert sur le tard, donc. A la fac. J’ai toujours eu un peu la flemme de m’attaquer à ses bouquins. Je l’ai donc lu, puisqu’épreuve imposée du programme. Nana, c’était. Un tantinet hésitant au départ, je me suis finalement pris en pleine face cette fougue, cette peinture de Paris, du XIXème, des mondanités, des femmes entretenues, du monde des théâtres. Alors je me suis un peu plus intéressé à l’auteur. Emile, il est parti d’une idée et la développe de livres en livres, pour vérifier son hypothèse. En cela, il se pose en scientifique là où Balzac ne fait que peindre un annuaire de portraits, une compilation de situations. Zola, lui, étudie à la fois de quelle manière le milieu social peut agir sur le personnage et comment une tare (la pauvre Adélaïde Fouque, quand même !) se traduit de génération en génération (désenchantée ? Il n’y a qu’un pas que non, je ne franchirai pas). L’expérience d’écriture équivaut alors à une expérience scientifique, la vie de ses contemporains devenant un tube à essai gigantesque.

Les vingt romans qui constituent l’ensemble des Rougon-Macquart (Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire pour le titre complet) naissent donc de la folie, cette folie de l’aïeule qui se distille comme un goutte à goutte dans un alambic. De là se développent les personnages, dans ce grand bal du Second-Empire. On retrouve de livres en livres certains personnages que l’on a connus tout bébé dans un bouquin précédent et qui prennent le rôle de personnages principaux dans un autre. Dans les Rougon-Macquart, il y a également le travail de styles différents : le roman politique, historique, d’amour… Et il y a ce côté mégalo que j’aime bien : l’auteur qui s’incarne dans un personnage (le Docteur Pascal), qui intervient ponctuellement pour apporter sa grande sagesse.

Livres Zola

Mon projet initial, il y a quelques années, était alors de me lancer dans la lecture de l’ensemble. Pas nécessairement à la suite, je me suis d’ailleurs octroyé quelques interruptions. Mais dans l’ordre. Expérience d’écriture, expérience de lecture, je pousse le bouchon jusqu’au bout. Et j’ai adoré ça. Cela tient en effet de l’expérience, comme assister à un Ring complet : savoir ce qui nous attend et s’y plonger avec délectation. Comme avoir dans sa cuisine un pot de pâte de spéculos et savoir par avance qu’on ne le lâchera qu’une fois fini jusqu’à la dernière goutte.

Sauf que… j’ai mis ce projet sur pause depuis quatre ans. Pourtant, j’ai lu avec avidité La Fortune des Rougon, La Conquête de Plassans, Son Excellene Eugène Rougon. Je me suis passionné pour La Curée, Le Ventre de Paris, L’Assommoir, Pot-Bouille (un vrai plaisir du début à la fin), Au Bonheur des Dames, La Joie de vivre. Je me suis un peu ennuyé avec La Faute de l’Abbé Mouret. Une Page d’amour m’est littéralement tombé des mains. J’ai même relu Nana avec grand plaisir.

Je n’arrive pas à passer le cap de Germinal. A chaque fois que je finis un livre, je me dis « oh bah après tout pourquoi pas maintenant… et puis non, plus tard » (quelle richesse de monologue intérieur). Je reste bloqué sur mes souvenirs du film ennuyeux de Claude Berri avec Renaud et Depardieu. J’ai beau savoir que j’aime cette écriture, j’ai ces images grises devant les yeux qui m’empêchent d’avancer. Six cents pages de grisailles et d’ouvriers en colère, quand même !

Du coup je me suis plongé dans La Comédie humaine. Quel ennui ! De là à conclure que le plaisir naît de la contrainte… 

Arbre généalogique RM

Siegfried : l’ado un peu con devenu héros

Un dragon, un oiseau qui parle, des grottes, une résurgence de Blanche-Neige… Rien d’autre ne pouvait davantage me séduire. Pour autant, Siegfried est la journée de la Tétralogie que j’apprécie le moins. Certes, la musique est magnifique : les ouvertures, le duo Erda/Wothan, le réveil de Brünnhilde… Mais le dialogue avec l’auditeur est peut-être trop prégnant pour lui permettre de s’évader ne serait-ce qu’un instant : le développement leitmotivique est en place dès la première note et ne cessera plus jusqu’à la toute fin. Ce jeu musical est donc ici très accentué, peut-être trop, et reconnaissable dès l’ouverture. J’ai toujours eu ce sentiment, face à Siegfried, d’être devant une peinture au couteau, travaillée à grands renforts d’empâtements.

Peut-être aussi est-ce cet antisémitisme absolument pas caché du tout qui me dérange. Bon, tout le monde sait que Wagner n’était pas très porté sur le Shabbat. Nul besoin ici de Mediapart. Ce n’est pas tant voir ce bon petit blond bien pur s’en prendre avec autant de haine à ce vieux juif calculateur qui me gêne, mais cette facilité avec laquelle le compositeur met en scène si ouvertement ses idées.

On pourrait faire la même comparaison avec le monde actuel et l’autre abrutie homophobe du dimanche : capable aussi bien de « chanter » Fais-moi l’amour avec deux doigts pour paraître cool avec son sobriquet de mes deux et, de l’autre, de déclarer ouverte la Manif pour tous (qui n’est pas une manif pour moi, je le rappelle, donc pas pour tous). Je m’égare, je m’égare. Mais pas tant que ça, au fond, puisqu’avec Siegfried, nous sommes bien dans l’utilisation poussive de la farce et du slogan, pour mettre en avant des idées pas très « tagada tsoin tsoin ».

Mais revenons à nos Nibelungen. Siegfried est un conte initiatique, avec tous ses codes, notamment la balade symbolique dans la forêt. L’ado un peu con devient héros en cinq heures douze. Le ton diffère de l’épisode précédent (La Walkyrie) par son aspect clown. C’est une farce (pas loin), bien que le crépuscule, annoncé dès le début par le vol de l’anneau, se confirme ici. C’est tragique, mais avec le sourire. Le décor proposé pour cette soirée à Bastille renforce cette idée de farce. A propos de décor, les magnifiques deux premiers actes m’ont bien fait regretter cette malheureuse planche de contreplaqué de la dernière fois.

La mise en scène de Günter Krämer a encore gagné en efficacité. Chaque chose est à sa place, pas trop/pas assez. Le personnage de Mime est tout droit sorti de la série Little Britain :

Little Britain 3

Le jeu d’acteur est excellent, et ce pour chaque chanteur. Suffisamment rare pour être souligné.

Les murmures de la forêt sont magnifiquement représentés par ces voilages automnaux, symbolisant une forêt qui respire, une nature vivante, à l’affût. Le tableau est très beau. Néanmoins, je me fends là encore d’un reproche : pourquoi diable avoir utilisé un acteur pour l’oiseau, réduit à un simple jeu muet, chantant en playback, alors que la chanteuse est planquée dans les coulisses ? On se croirait à un show des Carpentier avec les playbacks télévisuels si chers à Sylvie Vartan. C’est un détail de mise en scène qui me laisse encore pantois.

Ma scène préférée de l’opéra est le duo Erda/Wothan. J’ai trouvé très intéressant de l’avoir placé dans une salle de bibliothèque, obscure, dans laquelle on ne voit que les tables et on devine tout un tas de clercs de notaires à la Balzac en train de potasser leur droit. Erda se pose ainsi là, en gardienne absolue du savoir universel. Depuis son apparition dans Rheingold, j’avais hâte de réentendre Qiu Lin Zhang. Et je me pris alors à regretter qu’elle n’ait pas droit à un monologue de trente minutes digne de Brünnhilde. De même, le géant/dragon interprété par Peter Lobert apporte ses basses revigorantes qui réveillerait le spectateur le plus lourdement endormi.

Il y a aussi ce réveil de Brünnhilde, rappel du réveil de la Blanche-Neige des contes. J’imagine qu’il est difficile, pour un metteur en scène, d’échapper alors au côté « réveil de Marie-Rose dans la forêt enchantée ». Mais que j’aime ces rôles ingrats ! Avoir une partition importante et difficile, un rôle non moins nécessaire dans l’avancée de l’oeuvre, mais que pour la toute fin de la représentation, au point d’oublier jusqu’à l’existence-même de ce dernier tableau.

En tout cas, je me demande à chaque fois comment font ces chanteurs et ces figurants pour ne pas se casser la figure dans cet escalier monumental !

Siegfried

La fuite intérieure avec Axelle Red

Une très jolie découverte : l’album d’Axelle Red, Rouge Ardent. Découverte due au hasard d’une pause déj passée à flâner dans les rayons d’une Fnac. La pochette m’attire, je me souviens avoir vu quelques jours avant son clip sur un Tumblr. J’avais trouvé ça chouette, alors j’écoute quelques extraits de la galette. Et là, une claque. Je n’appréciais pas particulièrement Axelle Red à l’époque du Hit Machine, je savais qu’elle sortait de temps en temps des disques, j’avais vu un passage sympa à Taratata et puis voilà. Mais là, je sens que quelque chose se passe entre mon cerveau, ce moment fugace et la musique que je découvre. Une sorte de coup de foudre, the right man in the right place, comme dirait Nicole Bricq. Ni une ni deux, j’achète le disque, avec la ferme intention de découvrir tout ça tranquillement à la maison.

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Aussitôt dit, aussitôt fait. Tout d’abord, la voix. Une voix cassée, comme enrouée. La fumée, la voix qui évolue avec l’âge, je ne sais pas. Intrigant et très plaisant. J’ai toujours aimé ces voix mystérieusement voilées : Moreau, Sanson… Là, j’imagine une voix de cowgirl, j’imagine la route 66, j’imagine des kilomètres avalés en bagnole, sous le soleil, toute fenêtre ouverte en écoutant de la soul à fond.

La lecture du livret montre des textes d’une poésie déconcertante de simplicité. Mais en apparence, pour le moins. La beauté de cette poésie n’en ressort que mieux : c’est qu’il en faut du talent pour faire une excellente chanson triste sous des formes de chanson joyeuse. Chanter l’hiver, le deuil, la rupture, l’air de rien. Peu y parviennent : Biolay, Sanson, Eicher… Axelle Red me surprend agréablement sur ce plan-là. J’aime ça, me laisser surprendre par ce décalage musical. Certaines chansons donnent carrément l’impression de pénétrer dans une toile de Hopper, de mettre pause dans un film de David Lynch, de rentrer dans l’image et prendre place au côté des personnages.

Entre chaque chanson, je sens le plaisir pris à créer, à écrire, à composer. Il y a du bonheur, du plaisir dans la création de ce disque et ça se sent. Ça fait longtemps qu’un album ne m’a pas autant séduit, par la joie qui s’en dégage et le plaisir de l’écouter, de le découvrir, chanson après chanson. Un peu comme l’excitation de découvrir un très bon nouvel album d’un artiste qu’on aime, dans lequel chaque note, chaque mot, chaque son semble à sa place.

Si j’avais envie de tout plaquer, de monter dans une bagnole et rouler à fond, les cheveux au vent sous mon carré Hermès, c’est un disque que j’écouterais en boucle. En attendant, je m’évade en l’écoutant de long en large dans mon casque dans le métro. Une fuite intérieure.

Un seul bémol : c’est beaucoup trop court ! Mais peut-être est-ce justement un gage de qualité, de ne pas se perdre dans du remplissage.

J’attribue mon label « devrait composer pour Véro ». Même urgemment, la Sanson étant en phase de travail : avec le côté soul bien cuivré qui se dégage de Rouge Ardent, qui laisse deviner le Hollywood sansonien, je suis persuadé que l’union des deux musiciennes pourrait vachement bien sonner sur scène. En attendant, je pense me laisser tenter par une soirée au Trianon.

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La Walkyrie : chevauchée au coeur de l’actu média

Après une délicieuse soirée à patauger dans les eaux sombres du Rhin, j’ai passé un dimanche non moins exquis à savourer un brin d’inceste sur fond de scène de ménage et d’interrogation métaphysique. On dirait pas vu comme ça, mais j’en salivais d’avance. La Walkyrie, quand même. Rester assis sur un fauteuil confortable pendant cinq heures, bien au chaud, à écouter du Wagner, quoi de plus plaisant ? Ce que j’adore dans cet opéra, c’est moins le jeu des leitmotive que les très longs duos (tellement longs qu’ils en deviennent des monologues successifs). Et pourquoi bouder son plaisir ? L’ouverture de l’acte III avec sa Chevauchée, c’est vachement bien.

La Walkyrie, c’est un peu long et compliqué, parce que ça multiplie les symboles, ça atomise l’arbre généalogique, ça choque. Ca fait « Tsouin Tsouin » dans tous les coins et c’est aussi tout doux, comme un Lapsang Souchong : un thé puissant dont la force s’estompe gorgée après gorgée. Et qu’est-ce que c’est bon !

Programme

Tentons l’exercice du résumé de texte, tout de même. Imaginons le Grand Schtroumpf, un tantinet lubrique (les politiciens ont toujours été de vrais queutards, Le Nouvel Observateur n’a rien inventé en 2013) qui, grâce à sa grande intelligence, a tout organisé pour sauver le monde de sa chute. Plutôt bien vu, son plan : un petit Zelda valeureux va trouver une supère épée que lui seul pourra attraper (un peu comme Lancelot) et tuer par ce moyen le dragon qui cache l’anneau volé par Alberich dans L’Or du Rhin (l’opéra juste avant, faut suivre un peu). Le hic (sinon on passerait pas cinq heures là-dessus), c’est que pour que le petit Zelda voie le jour, il faut que Siegmund (le fils caché du Grand Schtroumpf) et Sieglinde (avec des « Sie », on mettrait le Walhalla en bouteille) fassent des cochonneries dans la forêt magique. Mais Siegmund et « Gligi » sont… frères et soeur jumeaux. Un détail, mais quand même. Si on ajoute à ça que « Gligli » est mariée à Hunding, le pire ennemi de Siegmund, on comprend pourquoi il fallait bien quatre opéras pour dénouer tout ça.
C’est là que débarque celle à qui personne n’a rien demandé et qui décide de faire sa grande scène du II (ça tombe bien, c’est là que ça se passe). La Schtroumpfette (un homme politique n’est rien sans sa femme), sort de sa cuisine où elle faisait des tartes aux pommes (cf. L’Or du Rhin, toujours) et pendant une bonne vingtaine de minutes nous fait son savoureux monologue :

-Non mais « allo », quoi. Siegmund et Gligli qui nous pondent un marmot ! Non mais « Allo, vous me recevez » ? C’est comme si Annette de « Premiers Baisers » couchait avec Monsieur Girard…

Ce à quoi on peut aujourd’hui lui rétorquer qu’elle ne se tient pas très au fait de l’actu média puisque ça, c’est déjà fait. En tout cas, c’est vrai qu’il y a de quoi ne pas être très heureux de la situation. Toujours est-il que le Grand Schtroumpf (qui n’a pas de couille) s’incline devant la dame patronnesse et va tenter de se dépatouiller autrement. Mais Siegmund va devoir se faire massacrer par Hunding et hop, la chute des dieux va commencer.
C’est alors qu’arrive la gamine, Brünnhilde (j’adore ce prénom). Brünnhilde, c’est une sacrée battante. Une vraie Walkyrie qui nous pousse des :

Hojotoho ! Hojotoho ! Hojotoho ! Heiahaja

longs comme le bras. C’est pas la dernière pour aller chercher les guerriers morts au combat. C’est peut-être pour ça qu’elle est la chouchoute du Grand Schtroumpf. Ce dernier se lance alors dans un très long rappel des faits digne des plus grandes séries américaines (Previously in L’Or du Rhin).

C’est le moment choisi par Mademoiselle la fayotte pour faire son complexe d’Oedipe, et décide de braver l’ordre de papa (Siegmund doit mourir et puis c’est tout). Eh bien Mademoiselle décide que non, qu’elle va le sauver, et sauver Gligli par la même occasion. Le Grand Schtroumpf s’apprête alors à lui donner la fessée : elle fera dodo dans la montagne, perdra son statut divin et le premier qui passera aura le droit de la sauter et de lui faire récurer la vaisselle à loisir. Brünnhilde n’est pas contente (une vrai ado) : elle veut bien faire la vaisselle, mais pas pour n’importe qui.

Le Grand Schtroumpf s’incline cette fois devant sa fille (elle ne veut pas coucher avec le premier venu, c’est plutôt louable comme intention). Alors le gars qui la trouvera, avant de faire mumuse avec son minou, devra braver une barrière de feu énorme. Pas folle la Walkyrie. Ça limite la casse : on évite le gang bang et on s’élève tout de suite dans les classes supérieures de la chevalerie.

(Et c’est pas fini, parce que si on réfléchit bien, Siegfried, le tombeur de Walkyrie, c’est quand même le petit fils de son père à elle… Mais ça, c’est la deuxième journée du Ring, gardons ça pour plus tard).

Quel bordel ! C’est Nicolas et Marjolaine chez les Chevaliers du Zodiac. Comme quoi, Dorothée et Azoulay n’ont rien inventé : suffit d’écouter trois Wagner et hop, la case télé du mercredi après-midi est remplie pour dix ans : des chevaliers, des princesses et des chansons pour lier tout ça.

Entracte

J’ai à nouveau beaucoup aimé la mise en scène proposée par Günter Krämer. Le tableau printanier de l’acte I est très « comédie musicale », très « clipesque ». Il offre un cadre charmant au duo des jumeaux amoureux. Quant au final, il est simplement magnifique. Brünnhilde et Wotan tous deux plongés dans un feu rougeoyant qu’une épaisse fumée intensifie.

L’utilisation des figurants/danseurs est cette fois savamment dosée : il y a moins de déplacements inutiles que dans L’Or du Rhin. Krämer n’en fait pas trop lorsqu’il montre tous ces corps nus et maltraités. La « chevauchée » en est justement ainsi réduite à son rôle essentiel de champ de bataille sanglant : les Walkyries, frangines guerrières et assoiffées de sang, nous sont montrées en infirmières aux gants de cuir rameutant des cadavres à bras le corps. L’essence de cette scène attendue est bien là.

Un seul reproche, mais de taille : le frêne transformé en simple planche de contreplaqué posée dans un coin. Comme si la résolution du conflit israélo-palestinien était planquée dans une armoire Ikea. Non mais « Njüt », quoi !

Diego Leetz aux lumières offre des jeux d’ombre à l’acte I qui renforcent la part intime du propos. L’intime qui se mêle fort justement au plan universel minutieusement calculé de Wotan. Ces jeux d’ombre apportent une inquiétude bienvenue et rappellent ces tableaux de clair-obscur dans lesquels l’ombre cache de multiples secrets.

La direction d’orchestre de Philippe Jordan est à nouveau très douce, très mélodieuse. Elle manque parfois d’aspérités et de poils au menton. Néanmoins, cela donne toute sa saveur aux scènes dans lesquelles interviennent les ruptures dans la partition « leitmotivique » : les quelques duos et airs véritablement chantés deviennent des morceaux d’un lyrisme envoûtant. Mais qu’est-ce que j’aurais aimé que ces « Wääääälse » poussés à l’extrême (quels frissons !) par Stuart Skelton (qui campe un Siegmund vocalement parfait) soient accompagnés d’un orchestre tout aussi rugueux…

A part l’armoire Ikea, ce fut un dimanche d’hiver parfait, en somme. Hojotoho !

Salut

Das Rheingold : plonge avec les stars

Façade Bastille Ring

Mardi soir, c’était un peu Noël à rebours pour moi : une soirée à jouer l’orpailleur à Bastille. Wagner, le Ring et son Prologue, Das Rheingold. J’aime beaucoup ce Prologue, qui commence à partir de rien (le silence) et dans lequel tout une structure cosmogonique et musicale se met en place.

Imaginons Muriel Hermine, Laure Manaudou et Tom Daley chargés de veiller sur la Place Vendôme après le Big Bang. Pendant la pause clope, ils daubent sur le petit Alberich des archives. Ni une ni deux, ce dernier se prend pour Belmondo et fait le casse du siècle. Du coup, Wothan et ses Wothanettes, qui dégustent des tartes aux pommes pour rester immortel, partent en guerre contre les nains et les géants. « Manger bouger », on voit tout de suite la portée actuelle et progressiste de l’oeuvre.

J’ai beaucoup aimé la mise en scène de Günter Krämer, qui propose une lecture claire de l’oeuvre. Nul besoin d’artifice pseudo intello-contemporain pour montrer cette musique-là. Bien au contraire : assister à un opéra de Wagner (du Ring en particulier) amène nécessairement le spectateur à se poser de multiples questions, à porter un regard complexe et non complaisant sur le monde et sur son rapport au monde. En cela, Wagner a réussi son pari fou d’oeuvre d’art totale. Que l’on aime Wagner, soit. Encore faut-il l’aimer avec lucidité. Au-delà de l’émotion purement esthétique et musicale se cachent bien des choses, que cette mise en scène laisse entrevoir grâce à la présence de danseurs/mimes, à ces « Germania » en construction.

Philippe Jordan à la direction d’orchestre laisse bien entendre l’aspect symphonique de la musique wagnérienne. Non, ce n’est pas qu’une musique de barbares envahissant la Pologne ! Ce que j’aime particulièrement dans l’Or du Rhin, c’est la mise en place des leitmotive, qui seront tissés dans la suite du Ring. J’aime les attendre, les deviner, les redécouvrir. C’est une musique très ludique, vue comme-ça. Les leitmotive du Rhin et du Walhal, tout en légèreté, celui des géants, bien lourdeau, la forge avec son jeu d’enclumes, celui de l’épée, à la toute fin, qui n’a rien à faire là mais tellement annonciateur de la suite. J’évoquais l’idée d’art total souhaitée par Wagner. Cette réponse orchestrale au texte en est un bel exemple.

Mardi, j’ai passé une belle soirée avec les dieux.

Das Rheingold 2013

Foresti met le paquet

Quelques jours avant Noël, j’ai profité d’un week-end en célibataire pour télécharger (légalement) le si sobrement nommé Foresti Party Bercy. Le temps est un peu frisquet, alors j’ai décidé que le visionnage se fera avec un bon thé bien chaud, les pieds sous la couette et le chat qui fait ronron à côté (soit dit en passant, c’est vrai que vu comme ça, c’est drôlement subversif, la vie d’un gay, je conçois que ça fasse peur).

L’idée d’un hommage autoproclamé me gênait un peu. Après tout, la dame n’a qu’un ou deux spectacles à son actif et quelques passages télés grimés chez Ruquier… Mais passons. Après tout, j’ai téléchargé (légalement) le show pour me fendre la poire, pas pour parler physique quantique.

 Foresti met le paquet

Je débute donc le visionnage. Une fois passés les « oh, c’est cool, elle refait Madonna et Adjani », je vais de surprise en déception. Première impression bizarre : je ne ris pas. Pourtant je suis bon public, en général. Je ris aux blagues carambars et mêmes aux blagues de mon chéri. C’est pour dire.

Deuxième sensation désagréable : mais qu’a-t-elle fait à sa voix, la dame ? Niveau poissonnière, elle réussit à faire pire qu’Alizée lors de son tout premier Olympia. Elle ne parle pas, elle crie. D’accord, la salle est grande, mais tout de même, il y a des micros. Bah si, à Bercy, il y a une sono, sinon elle ferait comment Mylène depuis le temps ?

Troisième malaise : la « panne d’inspiration » semble ne pas être seulement un sketch, mais la vraie vie de Florence Foresti. C’est ballot, ça, quand on a un spectacle à écrire. Du coup on se retrouve avec la Vide Party. Beaucoup, beaucoup de remplissage. Dommage, ça gâche les excellentes trouvailles, comme l’hilarant :

« Envoie prout au 8 12 12″.

C’est frustrant comme une tarte au citron sans meringue.

Le pompon de la pomponette est quand même le placement produit aussi gros que dans un épisode de Plus Belle La Vie :

 PBLV

Un exemple ? Je ne connaissais pas son nom par cœur, mais maintenant, je sais que le gars de Bref, il s’appelle Kyan khojandi, le mec. La sensation très déplaisante qu’on est en train de se foutre de ta gueule pendant dix minutes.

Plus le spectacle avance, plus le malaise s’installe bien confortablement. Moi qui pensais passer une soirée à me poêler avec le chat sur les genoux, c’est malin. En fait, j’ai l’impression de regarder Bigard. Mais Bigard avec des nibards. On frise trop souvent le « C’est pour dîner ? Non c’est pour faire un tennis,  connard ».

Bigard, ou une Muriel Robin fin de siècle, quand elle a arrêté d’être drôle. J’ai d’ailleurs souvent ce sentiment de deviner Robin à travers Foresti, notamment dans ce sketch où elle parle de taxi et de GPS. Du coup j’ai fini ma soirée dans la plus grande délectation avec Madame Dupin, Le Testament et autre La solitude made in Robin. C’est comme Madonna et Lady Gaga, autant choisir l’originale.

Foresti a voulu s’offrir son show millimétré, en ça elle a réussi. Il y a des chorégraphies, des danseurs et des danseuses, des costumes, des chansons, et quelques blagues carambars ratées.

En fait, Foresti Party Bercy, c’est un peu comme Jean-Charles de la compta, qui bourre ses PowerPoint d’effets et d’animations qui plombent bien le temps de présentation. Il se croit trop fort Jean-Claude, des fois. Bah là c’est pareil, sauf qu’avec un PowerPoint à Bercy à 20 €, j’ai un peu l’impression d’avoir envoyé « Prout » au 81212.

Libre et égal à toi, mon frère. Sans jamais baisser les yeux

« Je hais les dimanches ». Ces dimanches de haine portés par une sémantique de merde. Une « manif pour tous », la belle affaire. Non, ce n’est pas une manif pour tous : ce n’est pas une manif pour moi. C’est encore moins une manif pour celui que j’aime, pour mes parents, mes frères et ma grand-mère qui m’aiment, pour mes amis qui me soutiennent et me protègent. Alors non, cette manif n’est pas pour tout le monde. C’est une manif contre.

Non, cette histoire de mariage ne concerne pas qu’une poignée de bobos parisiens. Ça concerne aussi l’agriculteur dans sa campagne qui craint les représailles. Ça concerne ce petit scout qui devra un jour s’affranchir de son bâton de pèlerin pour regarder ses parents bien droit dans les yeux et leur parler de ce qu’il ressent au plus profond de lui. Ça concerne tout le monde, ça concerne la Liberté, ça concerne l’Egalité. Ça concerne la Fraternité. Ça concerne tout le monde. Une société qui exclue ne peut pas être une société fière de porter les droits de l’homme.

Je lisais, stupéfait, les compte-rendu de dimanche. Notamment la fierté de cette organisation et du chiffre recensé. Mais comment peut-on se réjouir de cette haine déversée dans les rues de Paris ? Comment peut-on à la fois participer à ça et dire aux micros des journalistes que non je ne suis pas homophobe ? En tout cas, après être parvenu à réunir tant de forces pour dégueuler sa peur, qu’on ne vienne plus me brandir cette connerie d’argument de lobby gay et de microcosme parisianiste.

Je suis encore plus stupéfait en lisant la plupart des arguments utilisés. Arguments tellement pathétiques que leur maniement en est visible comme la Bible dans la main de Christine Boutin et ne servent qu’à faire réagir une masse qui ne réfléchit pas plus qu’une blondasse de NRJ 12. N’a-t-on pas suffisamment entendu certains manifestants ne pas savoir exactement la raison de leur présence ? Mais bel et bien être là pour manifester contre les pédés ? Et quand on voit que certain mouton peroxydé ressort comme un perroquet de telles conneries, on ne peut que constater que ça fonctionne plutôt bien.

Quitte à être aussi extrême que tous ces arguments objectivement creux : le gamin congelé par maman doit être vachement content de son réfèrent féminin. Et la gamine qui marmonne que le zizi de papa il est joli mais il fait mal quand il est tout dur, elle va être drôlement fière plus tard de son référent masculin. C’est un chouette départ dans la vie, ça. C’est réducteur, mais pas moins que ce qu’on entend depuis plusieurs semaines. Il y a de la merde partout, suffit de savoir regarder sous son paillasson. Ou d’oser le faire.

Je suis très intimement persuadé que si, un jour, un gamin grandit au sein de mon couple, il ne souffrira pas d’avoir deux papas qui l’aiment et qui tentent de lui apporter tout le bonheur possible. Bien au contraire, il souffrira de devoir affronter ceux qui voient cela comme une aberration. Et pourtant, je suis convaincu que sa principale différence sera qu’il connaîtra par cœur les chansons de Mylène et de Madonna.

En tant que bon fils à sa maman, je l’ai accompagnée à la messe de minuit. Vous imaginez mon sourire en coin en découvrant la déco de l’Eglise :

Drapeau

Comment peut-on une seule seconde prendre au sérieux des gens qui maîtrisent les symboles aussi mal ? Comment imaginer un instant que je vais laisser ces obscurs qui ont peur de leurs propres ombres diriger ma vie ? Déballez vos bréviaires, égrainez vos chapelets tant que vous voudrez. Je ne sourcillerai pas un instant.

Tant d’obscurantisme me fait peur. Et je refuse qu’on vienne me sortir là le modèle judéo-chrétien comme fondation de la France. Entre temps, les philosophes des Lumières, Voltaire et Diderot sont passés par là. La controverse de Valladolid aussi, ne l’oublions pas…

Lors de l’examen du projet de loi « mariage pour tous » le 15 janvier, que n’a-t-on pu entendre cette magnifique sortie : « Une union civile serait bien suffisante ». Qu’ils mangent de la brioche, c’est ça ? Ils ont déjà le droit de respirer, ils ont leur quartier dans Paris, Mylène Farmer va leur faire un concert dans l’année, c’est bien assez.

Bah non. Justement, ce n’est pas suffisant que cette égalité-de-loin sous fond de « n’y touchez pas les enfants, vous pourriez vous salir les doigts ». Je veux juste qu’on arrête de prendre les gens pour des cons avec des arguments aussi foireux. Je ne demande à enlever aucun droit à personne. Je demande juste qu’on m’en rajoute un, pour être enfin libre et égal à toi, mon frère. C’est tout.

J’ai la chance d’être entouré par une famille qui m’a compris et qui place déjà mon couple dans la posture de futur adoptant. J’ai la chance d’avoir des amis qui ne brandissent pas notre amitié comme un gage de bonne moralité (le désormais fameux « moi aussi j’ai des amis homosexuels »). J’ai la chance d’évoluer dans un milieu professionnel où je peux parler librement de mes vacances avec mon chéri sans travestir la réalité ou me taire à la machine à café.

Mais maintenant j’ai hâte que tout cela s’arrête, que ce soit enfin voté et qu’on passe à autre chose. Et je veux que cette colère qui monte en moi continue de me porter suffisamment haut pour garder la tête droite, sans jamais baisser les yeux. Parce que certes, comme le chantait Barbara, « regarde, quelque chose à changer ». Mais pas tant que ça, au fond.

Tu me pompes l'air

Mon Bon Bout D’An 2012, 2/2

Je reprends ce bilan là où je l’ai laissé, avec les concerts et récitals. Ah, les concerts. L’art vivant. Les cris et les applaudissements des concerts pop, les rituels sacrés des récitals… Ces soirées que j’attends avec excitation, ces rideaux qui s’ouvrent sur quelques heures d’oubli, de partage, de découvertes, J’adore ça.

Le dernier concert auquel j’ai assisté en 2012 en fut le meilleur. Véronique Sanson à Pleyel, le 21 décembre.

Pour la musique, d’abord. Parce que Sanson est une très grande musicienne. Mais pas que : elle est une auteure qui sait faire swinguer la langue française aussi bien qu’une anglaise. Pour son énergie qui ne tarit jamais. Pour sa voix retrouvée. Parce que les concerts de Véro, je ne les compte plus, depuis 1993. Parce que c’est elle, parce que je l’aime très fort. Parce qu’un concert de Véronique Sanson, même avec une play-list identique, est unique de soir en soir.

C’était la fin de sa longue tournée de deux ans, mais aussi le meilleur concert de la série. Quelle force, quelle pugnacité, cette femme. De la première à l’Olympia toute en fragilité et en retenue, en passant par un Grand Rex explosif de bonne humeur et une soirée à la Maison de la Radio toute en intimité, cette dernière date à Pleyel a été magistrale de maîtrise et de virtuosité. Elle m’étonnera toujours. Et seule ma Véro sait me procurer cette énergie qui jaillit tout au fond de moi, cette énergie qui rend heureux. Très très heureux. Et encore plus.

Véro Pleyel 2012

Le concert de Juliette Gréco, au Théâtre du Châtelet, le 06 février, a été lui aussi une belle soirée. Certes, je ne m’étalerai pas sur son disque Ça se traverse et c’est beau, parce que trop exercice de style et simple prétexte à une série de concerts d’anniversaire. Trop peu de chansons notoires dedans, à l’exception du très drôle Petit pont. J’ai eu la chance d’assister à cette soirée au premier rang (quand je guette la seconde d’ouverture des réservations, je ne fais pas les choses à moitié). Quelle flamboyance ! Mais quelle fragilité aussi : son J’arrive si magistral mais malheureusement tellement annonciateur. J’ai assisté à plusieurs concerts de Juliette Gréco. Mais ce soir-là, pour la première fois, je suis sorti à la fois heureux du moment partagé, mais surtout triste. Triste de prendre en pleine face la vieillesse et le déclin du corps. Triste aussi parce que tout cela résonnait en écho avec ce qui se passait dans ma famille à cette époque. Fichue catharsis, tiens.

Mais qu’est-ce que j’ai aimé être à nouveau surpris par cette artiste lumineuse, à la fois grave et souriante, puissante lorsque la lumière se pose avec amour sur elle et sur le piano de Gérard Jouannest.

Les deux récitals parisiens de Jonas Kaufmann (l’unique, le beau, le merveilleux) au Théâtre des Champs Elysées, les 20 février et 12 mars ont été des soirées lyriques d’exception. Le genre de soirées au cours desquelles le spectateur se dit qu’il est exactement là où il devait être. Tous les sens se mêlent pour n’en devenir qu’un. La qualité du programme, la qualité de l’interprétation, la gestuelle intelligente de retenue, tout concourt à la magie d’une soirée parfaite. Aussi parfaite que les deux robes de Renée Fleming portées à Pleyel le 02 décembre.

Ces deux-là, Kaufmann et Fleming, ont l’art de proposer des programmes de concert exigeants et de les servir avec panache. A la différence que pour Jonas Kaufmann, même s’il chantait la danse des canards, la ferveur de la salle serait la même.

Jonas Kaufmann TCE 2012

Je ne peux pas finir ce bilan des concerts 2012 sans citer celui du 11 avril à la Cité de la Musique. Jordi Savall nous proposait alors un magnifique hommage à sa femme, Montserrat Figueras, cette soprano aérienne et hors norme, récemment disparue, qui vivait son chant avec toute son âme. Une soirée extrêmement émouvante, commencée et finie dans l’obscurité, à la lueur d’une bougie. Un recueillement intense et une émotion palpable, notamment lors de ce final où la voix de Montserrat surgit de la sono pour une dernière communion. On ne peut que s’incliner devant cet amour du chant et cette âme qu’elle savait insuffler à son art.

Après les bouquins, les disques et les concerts, place aux images.

Traviata et nous, Philippe Béziat.

Un documentaire qui nous permet de suivre la création de la mise en scène de Sivadier, à Aix en Provence, de La Traviata. On commence par les premières répétitions en survêtement, pour continuer par la création des décors, des costumes, puis par la première en public. On voit les chanteurs en plein apprentissage, confrontés parfois à un mur de doutes. Belle idée : on ne voit le vrai public que lors des premières images. Par la suite, les seuls spectateurs sont ceux de la salle de cinéma. Je me suis plongé dans ce mélange de notes et d’image avec un grand plaisir.

Starbuck, Ken Scott.

LA surprise canadienne de l’année qui change allègrement de la « tellement contente » Céline Dion ». Une comédie qui a, me semble-t-il, bien fonctionné grâce, surtout, au bouche à oreille. L’histoire à la fois drôle, désopilante, énervante, émouvante et surprenante de David Wosniak.

Dans la maison, de François Ozon.

Juste ce qu’il faut de perversion, de malaise, d’humour, d’étrange, de malsain.

Et aussi 2 Days in New-York, de Julie Delpy. J’adore cette femme. Réalisatrice, scénariste, compositrice, actrice, chanteuse (Mister Unhappy)… Tout ce qu’elle touche me parle. Pareil pour ce film, la suite évidente et jouissive de 2 Days in Paris, avec cette famille complètement barrée et ses relations épuisantes. Un film à l’égal d’un très bon Woody Allen.

Pour finir, Les invisibles, de Sébastien Lifshitz : Un documentaire qui nous renvoie à une époque pas si lointaine où évoquer son homosexualité en France n’était pas forcément une gaudriole. On entend, on voit, on sourit, on est ému devant la découverte, l’apprentissage, la passion, l’amour, le quotidien, de ces hommes et de ces femmes, sur fond de féminisme et de Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Loin de tout voyeurisme et de tout cliché, un documentaire tout en humanité avec un regard tendre sur ces hommes et ses femmes qui nous offrent leurs témoignages.

Bilan cinéma 2012

Etant le maître en ces lieux (j’adore ça), je crée une catégorie très importante pour moi : Le gâteau de l’année : mon pâtissier habituel ayant pris sa retraite, j’ai été contraint, la mort dans l’âme, de dire adieu à ses délicieuses pasteis del nata. Il a donc bien fallu me consoler en partant à la recherche de nouvelles douceurs. Et les aventures de Bilbo, c’est de la foutaise à côté d’un gourmand comme moi.

Pendant une bonne partie de l’année, je plaçais en tête le Paris-Brest de Jacques Genin. Quel délice ! Néanmoins, les derniers jours de 2012 m’ont apporté la révélation dans un écrin en carton : le chocolat d’Hugo et Victor supplante tout ce que je connaissais en matière de bonheur gustatif.

Hugo & VictorJacques Genin

Ca, c’est fait.

Bilan 2012

The End.

Mon Bon Bout D’An 2012, 1/2

De nombreuses occasions permettent de se prêter au jeu du bilan. Le passage d’une année à l’autre en est une. Aussi me prête-je avec joie au marronnier du bilan de l’année écoulée. L’exercice est un peu pompeux, je le conçois. Mais maintenant que j’ai un compte Facebook, je ne peux pas décevoir mes nouveaux amis.

Triomphant comme un pompier sur sa grande échelle, voici donc mon bilan 2012 à moi. Les Awards de Svwem ! Que résonne le boute-selle !

Commençons par le bilan littérature. Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots… Sans hésitation aucune, le livre qui m’a le plus marqué en 2012 (et pour longtemps, je pense) est

Home, Toni Morrison.

La sortie d’un livre du Prix Nobel de littérature de 1993 est non seulement un événement littéraire conséquent mais, surtout, fort égoïstement, un plaisir que j’ai du mal à dissimuler. Celui-ci est un tantinet différent de ses autres romans. On est certes toujours plongé en pleine littérature noire américaine. Mais le style, qui n’a jamais cessé d’évoluer, semble atteindre ici une pureté rarement atteinte.

La concision du verbe : chaque mot est choisi pour son sens profond et ce qu’il apporte à la phrase. Phrase taillée comme un diamant. Diamant qui permet de comprendre l’Histoire, de l’aimer, de la haïr et, surtout, de l’interroger. Un seul paragraphe suffit à faire vivre un personnage, avec ses sentiments, ses origines, ses idées, ses projets, sa relation aux autres. Un très grand livre d’une humanité profonde.

J’ai eu le grand plaisir de l’écouter lors d’une conférence, en septembre, à Vincennes. Je fus épaté par son humilité et l’intelligence qui se dégage de cette femme.

Dédicace Toni Morrison

Dans un tout autre style, je retiens de mes lectures

Une collection très particulière, Bernard Quiriny.

Toujours la présence de Pierre Gould, qui revient de livres en livres. J’aime beaucoup cette idée d’un personnage récurrent. On est ici face à un mélange de guide touristique et de collections de livres toutes aussi incongrues les unes que les autres. Mais je préfère ne pas trop m’étaler sur le contenu pour conserver la totale surprise au futur lecteur.

Quiriny est un auteur qui manie l’absurde avec brio. On devine Ionesco et Cortazar tapis quelque part entre les pages. Rien que la trouvaille de cet Empire dirigé par les « Bergères » (Les Assoiffées) lui aurait valu le Goncourt.

 Livres 2012

 

 Après les bouquins, les disques ! Il n’y en a qu’une, c’est :

Mylèèèène.

Son Monkey Me reçoit mon « Svwem d’or » parce que c’est comme ça. Quelle critique étayée et objective je vous livre là ! Je vous laisse néanmoins vous délecter de ma première critique musicale, en trois parties, publiée en ces pages : , et là.

Natalie Dessay, Clair de lune.

Son récital de mélodies de Debussy à elle. La Madame n’a peut-être pas la voix qu’il faut pour l’exercice, mais son sens du théâtre nous entraîne irrésistiblement au cœur du si proustien salon des Verdurin. Un programme tout en finesse. En revanche, je ne retiens pas son récital à Pleyel : agréable certes, mais trop de diva tue la diva. Une diva qui dit trois jours avant à qui veut l’entendre qu’elle en a ras la marmite de son métier, ça s’entend dès le premier escarpin qui foule le plancher. Une diva qui ne jette pas un regard à la salle et qui fait parler son pianiste à sa place pendant que Madame fait mumuse avec son bracelet qui brille (« oh, des diamants, que c’est joli »), ça me laisse froid, malgré toute la technicité de la voix.

Parmi les autres disques que j’ai (beaucoup) aimé écouter, Out Of The Game (Rufus Wainwright) qui a été l’occasion d’une très bonne soirée à la Cigale. Et le Berlin Nights, Paris Days d’Ute Lemper, qui nous transporte une fois encore dans un voyage dont elle seule a le secret.

Je ne peux aussi que saluer le travail réalisé par Culture Factory autour de l’Ultimate Collection Sylvie Vartan qui permet, chaque mois, de se plonger dans la caverne d’Ali Baba des différentes époques de la blonde : twist, yéyé, disco (un peu), rock (beaucoup ! ma préférée !)… Je découvre l’insouciance des années 60, la folie des années 70 avec une Sylvie rock en diable (la seule chanteuse capable d’être rock et sexy en parlant de champignons –Loup-, c’est elle), l’américaine des années 80… Je découvre tout cela avec gourmandise. Le calendrier des sorties s’étale jusqu’en octobre 2013. Encore une presqu’année de découvertes… (Je vous avez bien dit que j’étais intarissable sur le sujet).

 Disque 2012

Au-delà des disques, il y a les « chansons à l’unité ».

Je retiens donc :

Alizée, A cause de l’automne.

C’est parfait pour les échauffements de la course à pied, ça. Ça rentre dans la tête, ça annonce un album frais comme une fraise des bois.

Stephan Eicher, Donne-moi une seconde,

de l’album L’envolée. Une chanson qui me fait un effet frisson à chaque fois. Ou un effet larmes, c’est selon.

 

A suivre…