La blonde est censée avoir deux neurones. Pourtant…

Aujourd’hui, Frigide, tu chiales. Ah oui, je te tutoie d’emblée et je ne t’en demande pas pardon. Je ne te respecte pas plus que tu ne me respectes.

Aujourd’hui, donc, tu chiales sur les plateaux télé. Une femme, c’est bon pour pleurnicher, de toute façon. C’est bien de le rappeler. C’est vrai que ça manquait à ta panoplie de bons petits clichés débités à la pelle. Nous avions déjà droit au logo de ton mouvement, avec ce bon père de famille autoritaire qui traîne sa gentille mémère avec son joli brushing et sa jolie robe, au bleu pour les garçons et au rose pour les filles. Nous avions droit à tes propos tellement énormes qu’ils en sont prévisibles à mille lieux à la ronde. J’en rirais presque si c’était un bon vieux boulevard, par exemple Pauvre France avec Jean Lefebvre.

Mais vraiment, entre nous : qu’est-ce qui te pousse à faire tout ça ? Les idées, les idéaux ? Le fait d’avoir (enfin) une meute derrière toi qui t’applaudit et qui répète tes slogans à l’envi ? Tu as beau jeu de dire que les gens qui sont dans la rue sont ceux que l’on n’entend jamais. Mais moi, m’as-tu déjà entendu à une manif, avant celle de décembre ? Bah non. Même pas une petite Gay Pride de rien du tout. Pas une plume dans le cul, rien. Et quand je vois l’état de la France aujourd’hui, je n’en suis pas fier du tout. Moi aussi, maintenant, je me sens obligé d’ajouter ma voix au combat. Mais au combat pour la tolérance, pour l’égalité.

Et aujourd’hui, tu chiales parce qu’on ne te laisse pas parler ? Mais merde, enfin. Un peu de décence. On n’entend que toi ! Et pas que sur BFM TV, mais partout. Un truc à dire sur le projet de loi ? Ah, écoutons la Barjot (plus rarement la Boutin, heureusement)… Le dix avril dernier, jour du rassemblement contre l’homophobie, n’as-tu d’ailleurs pas sorti que tu comptais faire le déplacement ? Te rends-tu seulement compte du sommet de bêtise que tu gravis ? Jour après jour ? Que voulais-tu ? Venir là, forcément te faire prendre à partie par les personnes présentes, et venir pleurnicher ensuite sur les plateaux de BFM TV comme une oie blanche salie par les quolibets et dire que bah non,  » les intolérants c’est pas nous  » ?

Mais te rends-tu seulement compte de la portée de tes propos ? Des tiens et de ceux de tes comparses ? Quand tu dis qu’il va y avoir du sang… Je me doute que tu n’annonces pas à la France entière que les Anglais vont débarquer, n’est-ce pas ? Évidemment, ce n’est pas toi qui vas aller casser du pédé. Évidemment, ce n’est pas toi qui vas jeter de la merde aux futur(e)s marié(e)s à la sortie des Mairies (on prend les paris ? je suis sûr que ça arrivera). Mais comprends-tu que des gens, en France, profitent du débat actuel, de ton combat, sur/contre le mariage, pour enfin se lâcher et tenir des propos tous plus injurieux les uns que les autres ? Comprends-tu que des gens, en France, ne savent même pas qu’ils sont dans un mouvement contre le mariage pour les homosexuels, mais bien contre les homosexuels ? Et ne me dis pas que c’est un raccourci facile, suffit de regarder Envoyé Spécial.

Aujourd’hui, tu chiales. Et moi, le nombre de fois où j’ai les larmes aux yeux, depuis plusieurs mois, en voyant ressortir tous ces discours que, en bon con que je suis, je pensais d’un autre âge ? Imagines-tu ce que je ressens quand j’entends mes parents inquiets me demander comment je me sens après ces manifs soit-disant pour tous ? Imagines-tu ce que je peux ressentir quand j’entends et que je lis les propos tellement odieux de certains de nos élus ? Imagines-tu ce que c’est que d’être avec l’homme que j’aime, et de se dire constamment « ah ben non, ne lui prends pas la main, on sait jamais », « oh ben non, ne lui fais pas de bisou sur le quai de la gare, comment les gens vont réagir »…

Aujourd’hui, tu chiales. Je vais malgré tout te consoler en t’aidant un peu : tu veux un autre cliché pour tes slogans ? On dit qu’une blonde a deux neurones pour ne pas chier en défilant… Alors fais preuve à ton tour de transparence, passe un scanner pour prouver à tous que tu es plus qu’un animal.

Aujourd’hui tu chiales et tu dis qu’on ne t’entend pas ? Mais il est peut-être temps de te taire, maintenant.

Svwem.

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