Les ricochets

La lecture attentive du Live Tweet, mis en place lors de la diffusion du documentaire Homos la Haine sur France 2, est à l’image de ce que la France a vécu durant les débats précédents l’instauration du Mariage pour tous : nauséabond. Il n’en demeure pas moins qu’il est encourageant de lire autant de tweets de soutien, d’empathie, de la part de personnes touchées, de près ou de loin, par la diffusion des témoignages. Twitter soit loué.

Un regret, peut-être : l’horaire de diffusion de ce documentaire. Alors que des reportages sur le FN pullulent à 20h50, celui-ci est diffusé à 22h45. La blondasse n’a pourtant pas besoin de pub, alors qu’il est juste et bon de montrer cette homophobie crasse et permanente.

Oui, vraiment, il est juste et bon que le service public assume ses missions d’audiovisuel public.

En revanche, il est perturbant et affligeant de croiser, de-ci de-là (cahin-caha), des propos profondément indécents. Quand je dis profond, c’est profond : autant que le permettrait une certaine œuvre d’art verte posée sur la Place Vendôme. L’indécence frôle ici avec l’abject et la haine la plus crasse.

En effet, certains tweets, comme cela était prévisible, proviennent d’une poignée de bornés se foutant ouvertement de la gueule des témoins, jurant par tous les dieux qu’ils ne sont pas homophobes et jurant par tous les saints que la Manif Pour Tous (mais pas pour moi, toujours pas) n’est pour rien dans l’avalanche d’agressions homophobes (coups, insultes…).

Pourtant, le simple fait que ce mouvement existe est, en lui-même, homophobe…

Rappelons, car cela semble être encore utile, la définition de l’homophobie : selon Larousse, il s’agit du « Rejet de l’homosexualité, hostilité systématique à l’égard des homosexuels ». Quant à Wikipédia, un peu plus prolixe : « L’homophobie est l’hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences amoureuses ou sexuelles concernent des individus de même sexe. L’homophobie englobe donc les préjugés et les discriminations (emploi, logement, services), et cela peut se manifester par de la peur, la haine, l’aversion, le harcèlement, la violence ou encore de la désapprobation intellectuelle intolérante envers l’ensemble de la communauté LGBT ».

Rappelons en passant que l’homophobie est un délit. C’est pas moi qui le dit, c’est l’article 33 de la Loi du 29 juillet 1881 : « Sera punie de six mois d’emprisonnement et de 22 500 euros d’amende l’injure commise, dans les conditions prévues à l’alinéa précédent, envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. Sera punie des peines prévues à l’alinéa précédent l’injure commise dans les mêmes conditions envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap ». 

Revenons-en à nos blanches brebis égarées. Egarées et indécentes, disais-je précédemment. N’a-t-on pas lu qu’elles se plaignent d’être victimisées ? Qu’il est dégueulasse qu’un tel reportage soit diffusé sur le service public, et payé avec la redevance audiovisuelle ? La posture de victime face aux victimes est, avec un peu de recul, digne d’un bon vieux Feydeau. Victimisation indigne, surjouée et par conséquent ridicule et tellement risible. Quant à l’histoire de la redevance, je la paye aussi et je suis, au contraire, ravi que mon écot ait pu participer à financer ce reportage. Un pédé, ça paye aussi des impôts. Et je préfère mille fois que mes impôts financent cela plutôt que certaines associations obscures du type Civitas, reconnues (what the fuck !) d’utilité publique.

Les membres de la Manif Pour Tous (mais pas pour moi) estiment donc ne pas être à l’origine des agressions. Mais sortez-vous la poutre du cul, à défaut de pourvoir la faire sortir de votre œil ! Vous aurez beau rappeler, à grands renforts de précautions oratoires et twittesques, que vous haïssez l’homophobie (j’avoue, là, j’ai ri), vous n’en demeurez pas moins les responsables directs de la légitimation de la parole homophobe. Si certains ne craignent plus de casser du pédé, c’est bel et bien à cause de vos manifs qui ont fait ressurgir ce tas de boue merdeuse parmi le remugle des débats. Les ricochets sur la plage de La Baule, vous connaissez ? Bah là, c’est pareil. Cause, conséquence.

Assumez au moins ce que vous êtes : vous êtes homophobes. Vous êtes une abomination. Aimez-vous les uns les autres… et allez-vous faire foutre.

Je pense souvent à ces enfants, à ces ados, qui découvriront un jour leur homosexualité,  alors qu’ils ont participé ou qu’ils ont grandi dans une famille estampillée Manif pour tous…  Il reste un long chemin à parcourir pour soutenir, accompagner, sensibiliser…
Pour finir : Merci aux réalisateurs. Merci aux témoins. Merci à ceux qui ont manifesté leur soutien à ces témoins.

Générique de fin.

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La blonde est censée avoir deux neurones. Pourtant…

Aujourd’hui, Frigide, tu chiales. Ah oui, je te tutoie d’emblée et je ne t’en demande pas pardon. Je ne te respecte pas plus que tu ne me respectes.

Aujourd’hui, donc, tu chiales sur les plateaux télé. Une femme, c’est bon pour pleurnicher, de toute façon. C’est bien de le rappeler. C’est vrai que ça manquait à ta panoplie de bons petits clichés débités à la pelle. Nous avions déjà droit au logo de ton mouvement, avec ce bon père de famille autoritaire qui traîne sa gentille mémère avec son joli brushing et sa jolie robe, au bleu pour les garçons et au rose pour les filles. Nous avions droit à tes propos tellement énormes qu’ils en sont prévisibles à mille lieux à la ronde. J’en rirais presque si c’était un bon vieux boulevard, par exemple Pauvre France avec Jean Lefebvre.

Mais vraiment, entre nous : qu’est-ce qui te pousse à faire tout ça ? Les idées, les idéaux ? Le fait d’avoir (enfin) une meute derrière toi qui t’applaudit et qui répète tes slogans à l’envi ? Tu as beau jeu de dire que les gens qui sont dans la rue sont ceux que l’on n’entend jamais. Mais moi, m’as-tu déjà entendu à une manif, avant celle de décembre ? Bah non. Même pas une petite Gay Pride de rien du tout. Pas une plume dans le cul, rien. Et quand je vois l’état de la France aujourd’hui, je n’en suis pas fier du tout. Moi aussi, maintenant, je me sens obligé d’ajouter ma voix au combat. Mais au combat pour la tolérance, pour l’égalité.

Et aujourd’hui, tu chiales parce qu’on ne te laisse pas parler ? Mais merde, enfin. Un peu de décence. On n’entend que toi ! Et pas que sur BFM TV, mais partout. Un truc à dire sur le projet de loi ? Ah, écoutons la Barjot (plus rarement la Boutin, heureusement)… Le dix avril dernier, jour du rassemblement contre l’homophobie, n’as-tu d’ailleurs pas sorti que tu comptais faire le déplacement ? Te rends-tu seulement compte du sommet de bêtise que tu gravis ? Jour après jour ? Que voulais-tu ? Venir là, forcément te faire prendre à partie par les personnes présentes, et venir pleurnicher ensuite sur les plateaux de BFM TV comme une oie blanche salie par les quolibets et dire que bah non,  » les intolérants c’est pas nous  » ?

Mais te rends-tu seulement compte de la portée de tes propos ? Des tiens et de ceux de tes comparses ? Quand tu dis qu’il va y avoir du sang… Je me doute que tu n’annonces pas à la France entière que les Anglais vont débarquer, n’est-ce pas ? Évidemment, ce n’est pas toi qui vas aller casser du pédé. Évidemment, ce n’est pas toi qui vas jeter de la merde aux futur(e)s marié(e)s à la sortie des Mairies (on prend les paris ? je suis sûr que ça arrivera). Mais comprends-tu que des gens, en France, profitent du débat actuel, de ton combat, sur/contre le mariage, pour enfin se lâcher et tenir des propos tous plus injurieux les uns que les autres ? Comprends-tu que des gens, en France, ne savent même pas qu’ils sont dans un mouvement contre le mariage pour les homosexuels, mais bien contre les homosexuels ? Et ne me dis pas que c’est un raccourci facile, suffit de regarder Envoyé Spécial.

Aujourd’hui, tu chiales. Et moi, le nombre de fois où j’ai les larmes aux yeux, depuis plusieurs mois, en voyant ressortir tous ces discours que, en bon con que je suis, je pensais d’un autre âge ? Imagines-tu ce que je ressens quand j’entends mes parents inquiets me demander comment je me sens après ces manifs soit-disant pour tous ? Imagines-tu ce que je peux ressentir quand j’entends et que je lis les propos tellement odieux de certains de nos élus ? Imagines-tu ce que c’est que d’être avec l’homme que j’aime, et de se dire constamment « ah ben non, ne lui prends pas la main, on sait jamais », « oh ben non, ne lui fais pas de bisou sur le quai de la gare, comment les gens vont réagir »…

Aujourd’hui, tu chiales. Je vais malgré tout te consoler en t’aidant un peu : tu veux un autre cliché pour tes slogans ? On dit qu’une blonde a deux neurones pour ne pas chier en défilant… Alors fais preuve à ton tour de transparence, passe un scanner pour prouver à tous que tu es plus qu’un animal.

Aujourd’hui tu chiales et tu dis qu’on ne t’entend pas ? Mais il est peut-être temps de te taire, maintenant.

Svwem.

Libre et égal à toi, mon frère. Sans jamais baisser les yeux

« Je hais les dimanches ». Ces dimanches de haine portés par une sémantique de merde. Une « manif pour tous », la belle affaire. Non, ce n’est pas une manif pour tous : ce n’est pas une manif pour moi. C’est encore moins une manif pour celui que j’aime, pour mes parents, mes frères et ma grand-mère qui m’aiment, pour mes amis qui me soutiennent et me protègent. Alors non, cette manif n’est pas pour tout le monde. C’est une manif contre.

Non, cette histoire de mariage ne concerne pas qu’une poignée de bobos parisiens. Ça concerne aussi l’agriculteur dans sa campagne qui craint les représailles. Ça concerne ce petit scout qui devra un jour s’affranchir de son bâton de pèlerin pour regarder ses parents bien droit dans les yeux et leur parler de ce qu’il ressent au plus profond de lui. Ça concerne tout le monde, ça concerne la Liberté, ça concerne l’Egalité. Ça concerne la Fraternité. Ça concerne tout le monde. Une société qui exclue ne peut pas être une société fière de porter les droits de l’homme.

Je lisais, stupéfait, les compte-rendu de dimanche. Notamment la fierté de cette organisation et du chiffre recensé. Mais comment peut-on se réjouir de cette haine déversée dans les rues de Paris ? Comment peut-on à la fois participer à ça et dire aux micros des journalistes que non je ne suis pas homophobe ? En tout cas, après être parvenu à réunir tant de forces pour dégueuler sa peur, qu’on ne vienne plus me brandir cette connerie d’argument de lobby gay et de microcosme parisianiste.

Je suis encore plus stupéfait en lisant la plupart des arguments utilisés. Arguments tellement pathétiques que leur maniement en est visible comme la Bible dans la main de Christine Boutin et ne servent qu’à faire réagir une masse qui ne réfléchit pas plus qu’une blondasse de NRJ 12. N’a-t-on pas suffisamment entendu certains manifestants ne pas savoir exactement la raison de leur présence ? Mais bel et bien être là pour manifester contre les pédés ? Et quand on voit que certain mouton peroxydé ressort comme un perroquet de telles conneries, on ne peut que constater que ça fonctionne plutôt bien.

Quitte à être aussi extrême que tous ces arguments objectivement creux : le gamin congelé par maman doit être vachement content de son réfèrent féminin. Et la gamine qui marmonne que le zizi de papa il est joli mais il fait mal quand il est tout dur, elle va être drôlement fière plus tard de son référent masculin. C’est un chouette départ dans la vie, ça. C’est réducteur, mais pas moins que ce qu’on entend depuis plusieurs semaines. Il y a de la merde partout, suffit de savoir regarder sous son paillasson. Ou d’oser le faire.

Je suis très intimement persuadé que si, un jour, un gamin grandit au sein de mon couple, il ne souffrira pas d’avoir deux papas qui l’aiment et qui tentent de lui apporter tout le bonheur possible. Bien au contraire, il souffrira de devoir affronter ceux qui voient cela comme une aberration. Et pourtant, je suis convaincu que sa principale différence sera qu’il connaîtra par cœur les chansons de Mylène et de Madonna.

En tant que bon fils à sa maman, je l’ai accompagnée à la messe de minuit. Vous imaginez mon sourire en coin en découvrant la déco de l’Eglise :

Drapeau

Comment peut-on une seule seconde prendre au sérieux des gens qui maîtrisent les symboles aussi mal ? Comment imaginer un instant que je vais laisser ces obscurs qui ont peur de leurs propres ombres diriger ma vie ? Déballez vos bréviaires, égrainez vos chapelets tant que vous voudrez. Je ne sourcillerai pas un instant.

Tant d’obscurantisme me fait peur. Et je refuse qu’on vienne me sortir là le modèle judéo-chrétien comme fondation de la France. Entre temps, les philosophes des Lumières, Voltaire et Diderot sont passés par là. La controverse de Valladolid aussi, ne l’oublions pas…

Lors de l’examen du projet de loi « mariage pour tous » le 15 janvier, que n’a-t-on pu entendre cette magnifique sortie : « Une union civile serait bien suffisante ». Qu’ils mangent de la brioche, c’est ça ? Ils ont déjà le droit de respirer, ils ont leur quartier dans Paris, Mylène Farmer va leur faire un concert dans l’année, c’est bien assez.

Bah non. Justement, ce n’est pas suffisant que cette égalité-de-loin sous fond de « n’y touchez pas les enfants, vous pourriez vous salir les doigts ». Je veux juste qu’on arrête de prendre les gens pour des cons avec des arguments aussi foireux. Je ne demande à enlever aucun droit à personne. Je demande juste qu’on m’en rajoute un, pour être enfin libre et égal à toi, mon frère. C’est tout.

J’ai la chance d’être entouré par une famille qui m’a compris et qui place déjà mon couple dans la posture de futur adoptant. J’ai la chance d’avoir des amis qui ne brandissent pas notre amitié comme un gage de bonne moralité (le désormais fameux « moi aussi j’ai des amis homosexuels »). J’ai la chance d’évoluer dans un milieu professionnel où je peux parler librement de mes vacances avec mon chéri sans travestir la réalité ou me taire à la machine à café.

Mais maintenant j’ai hâte que tout cela s’arrête, que ce soit enfin voté et qu’on passe à autre chose. Et je veux que cette colère qui monte en moi continue de me porter suffisamment haut pour garder la tête droite, sans jamais baisser les yeux. Parce que certes, comme le chantait Barbara, « regarde, quelque chose à changer ». Mais pas tant que ça, au fond.

Tu me pompes l'air

Les concerts nippons de Sylvie Vartan et les formulaires Cerfa

Dans le cadre de mon travail, je suis parfois amené à recevoir des gens pour les écouter se plaindre, pendant de longues heures, de leurs conditions de travail, de leurs horaires, de leur santé, de la pension alimentaire du gosse, de la mesure disciplinaire qui leur pend au nez…

Qu’est-ce qu’on se marre !

Serpillère

Pour être à fond dans mon rôle, je revêts à ces moment-là mon magnifique habit de « SOS Détresse Bonjour » et là, je suis le plus beau pour aller danser.

Bref, vous l’aurez compris, le « Bureau du Bonheur », de temps en temps, c’est moi.

 

Après avoir souri aux gens et assuré que tout ira bien, je dois remplir tout un tas de choses administratives afin de consigner les échanges. C’est que je ne suis pas le dernier pour rigoler, moi.

Et c’est là que le militant qui sommeille en moi se réveille, à l’instar de Smaug le dragon à l’approche de Bilbo le Hobbit.

Il se réveille souvent, cela dit, le militant.

Par exemple, devant une assemblée de gars bien virils (« on est jamais trop aidés », avec la liaison placée là où il convient) à qui je dois fièrement présenter mon Powerpoint sur les modifications d’organisation du 1% patronal, j’évoque toujours la possibilité que le conjoint soit un conjoint. Pas forcément une conjointe. Ça fait toujours son petit effet (rire gras pendant deux secondes) mais, à chaque fois, j’ai étonnamment droit à la plus grande attention et, parfois, je suis gratifié d’un sourire discret et apaisé par le type caché au fond près du radiateur.

Par exemple, lorsque, devant une bienveillante assemblée de directeurs et de RH, on me demande mon avis sur l’origine des risques psychosociaux dans telle entreprise, j’évoque –entre autre- l’homophobie, je récolte des discrets « ah oui c’est vrai on n’y avait pas pensé ».

Par exemple, à la cantine du boulot, lorsque j’évoque avec passion l’Ultimate Collection de Sylvie Vartan, avec ses cds identiques aux vinyles originaux qui paraissent chaque mois (je suis intarissable sur le sujet). Ou quand les collègues croisent la jolie affiche de son Palais des Congrès 2008 qui trône fièrement derrière ma porte. N’a-t-elle pas chanté J’ai un problème ? ça ouvre la voie de la confidence, je trouve.

Je trouve ça chouette de remuer de temps en temps ces consciences bien rangées.

J’évoquais la paperasse quotidienne du boulot. En effet, sur la plupart des formulaires internes que nous utilisons, sont mentionnés non seulement le salarié de la boîte mais aussi, s’il existe, son conjoint. Les cases à remplir étant alors classiquement précédées d’un non moins traditionnel :

« Monsieur / Madame ».

J’ai donc eu cette semaine l’occasion d’une petite fierté personnelle, en voyant valider par mon boss une de mes propositions : remplacer ce « Monsieur / Madame » tellement cliché par un :

« Salarié(e) / Conjoint(e) ».

Histoire de coller un peu plus à la réalité des questions de société actuelles.

Aussitôt dit, aussitôt fait : « Je fais la modif tout de suite, merci pour ta remarque ».

Bon, c’est pas un Cerfa non plus, on est d’accord. Mais c’est un petit pas de plus.

Du coup, ma petite récompense du jour : les Vinyls Replica Deluxe (c’est comme ça qu’on dit) des concerts japonais de Sylvie Vartan de 1971 et 1973. C’est précis comme le tableau périodique des éléments. Et vu l’intitulé de mon blog, soyez certains que je vous en reparlerai. Mais si, c’est passionnant, je vous assure !

 Sylvie Japon