« Du soleil au coeur… »

Ca y est, c’est voté, je vais pouvoir me marier ou non. En tout cas : j’ai le choix. Et si, avec mon homme, nous prenons la décision de nous unir devant Monsieur le Maire, nous n’en deviendrons pas pour autant des bourreaux d’enfants ou des monstres sanguinaires. Notre couple sera protégé, c’est tout. Et juste ça. Que la guillotine reste bien au chaud, je ne mérite pas tant.

C’est une chanson d’amour, c’est donc une chanson révolutionnaire. C’est une chanson révolutionnaire, c’est donc une chanson d’amour. C’est par ces mots que Gréco introduit généralement le Temps des Cerises. Ce Temps des Cerises qui s’achève ainsi :

« J’aimerai toujours le temps des cerises, 

C’est de ce temps-là que je garde au coeœur 

Une plaie ouverte ! »

Malheureusement, je crois que cette plaie béante aura bien du mal à se refermer. Cette plaie par laquelle s’est infiltrée tout ce fiel décomplexé de ces derniers mois. Cette plaie que beaucoup ressentent vivement. Cette plaie, nous ne l’oublierons pas. Nous n’oublierons pas non plus cette dernière heure de débat et ces bancs vidés aussitôt la loi votée, comme un énième doigt bien profond que l’opposition nous fout dans le cul. Mais quel plaisir de voir enfin ces images, devant l’Assemblée, de la blondasse décérébrée humiliée et silencieuse sous les « homophobes » !

Et surtout… Quel magnifique discours de clôture de Taubira ! Oui Madame, je garderai la tête haute. Merci pour vos paroles.

Et ne gâchons pas ce moment historique, crions bien fort ce soleil au coeur :

« Quand nous chanterons le temps des cerises, 

Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête !

Les belles auront la folie en tête

Et les amoureux du soleil au coeœur !

Quand nous chanterons le temps des cerises 

Sifflera bien mieux le merle moqueur ! »

Et cliquez là, c’est drôlement bien -> ! CHAMPAGNE !

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Mon Bon Bout D’An 2012, 2/2

Je reprends ce bilan là où je l’ai laissé, avec les concerts et récitals. Ah, les concerts. L’art vivant. Les cris et les applaudissements des concerts pop, les rituels sacrés des récitals… Ces soirées que j’attends avec excitation, ces rideaux qui s’ouvrent sur quelques heures d’oubli, de partage, de découvertes, J’adore ça.

Le dernier concert auquel j’ai assisté en 2012 en fut le meilleur. Véronique Sanson à Pleyel, le 21 décembre.

Pour la musique, d’abord. Parce que Sanson est une très grande musicienne. Mais pas que : elle est une auteure qui sait faire swinguer la langue française aussi bien qu’une anglaise. Pour son énergie qui ne tarit jamais. Pour sa voix retrouvée. Parce que les concerts de Véro, je ne les compte plus, depuis 1993. Parce que c’est elle, parce que je l’aime très fort. Parce qu’un concert de Véronique Sanson, même avec une play-list identique, est unique de soir en soir.

C’était la fin de sa longue tournée de deux ans, mais aussi le meilleur concert de la série. Quelle force, quelle pugnacité, cette femme. De la première à l’Olympia toute en fragilité et en retenue, en passant par un Grand Rex explosif de bonne humeur et une soirée à la Maison de la Radio toute en intimité, cette dernière date à Pleyel a été magistrale de maîtrise et de virtuosité. Elle m’étonnera toujours. Et seule ma Véro sait me procurer cette énergie qui jaillit tout au fond de moi, cette énergie qui rend heureux. Très très heureux. Et encore plus.

Véro Pleyel 2012

Le concert de Juliette Gréco, au Théâtre du Châtelet, le 06 février, a été lui aussi une belle soirée. Certes, je ne m’étalerai pas sur son disque Ça se traverse et c’est beau, parce que trop exercice de style et simple prétexte à une série de concerts d’anniversaire. Trop peu de chansons notoires dedans, à l’exception du très drôle Petit pont. J’ai eu la chance d’assister à cette soirée au premier rang (quand je guette la seconde d’ouverture des réservations, je ne fais pas les choses à moitié). Quelle flamboyance ! Mais quelle fragilité aussi : son J’arrive si magistral mais malheureusement tellement annonciateur. J’ai assisté à plusieurs concerts de Juliette Gréco. Mais ce soir-là, pour la première fois, je suis sorti à la fois heureux du moment partagé, mais surtout triste. Triste de prendre en pleine face la vieillesse et le déclin du corps. Triste aussi parce que tout cela résonnait en écho avec ce qui se passait dans ma famille à cette époque. Fichue catharsis, tiens.

Mais qu’est-ce que j’ai aimé être à nouveau surpris par cette artiste lumineuse, à la fois grave et souriante, puissante lorsque la lumière se pose avec amour sur elle et sur le piano de Gérard Jouannest.

Les deux récitals parisiens de Jonas Kaufmann (l’unique, le beau, le merveilleux) au Théâtre des Champs Elysées, les 20 février et 12 mars ont été des soirées lyriques d’exception. Le genre de soirées au cours desquelles le spectateur se dit qu’il est exactement là où il devait être. Tous les sens se mêlent pour n’en devenir qu’un. La qualité du programme, la qualité de l’interprétation, la gestuelle intelligente de retenue, tout concourt à la magie d’une soirée parfaite. Aussi parfaite que les deux robes de Renée Fleming portées à Pleyel le 02 décembre.

Ces deux-là, Kaufmann et Fleming, ont l’art de proposer des programmes de concert exigeants et de les servir avec panache. A la différence que pour Jonas Kaufmann, même s’il chantait la danse des canards, la ferveur de la salle serait la même.

Jonas Kaufmann TCE 2012

Je ne peux pas finir ce bilan des concerts 2012 sans citer celui du 11 avril à la Cité de la Musique. Jordi Savall nous proposait alors un magnifique hommage à sa femme, Montserrat Figueras, cette soprano aérienne et hors norme, récemment disparue, qui vivait son chant avec toute son âme. Une soirée extrêmement émouvante, commencée et finie dans l’obscurité, à la lueur d’une bougie. Un recueillement intense et une émotion palpable, notamment lors de ce final où la voix de Montserrat surgit de la sono pour une dernière communion. On ne peut que s’incliner devant cet amour du chant et cette âme qu’elle savait insuffler à son art.

Après les bouquins, les disques et les concerts, place aux images.

Traviata et nous, Philippe Béziat.

Un documentaire qui nous permet de suivre la création de la mise en scène de Sivadier, à Aix en Provence, de La Traviata. On commence par les premières répétitions en survêtement, pour continuer par la création des décors, des costumes, puis par la première en public. On voit les chanteurs en plein apprentissage, confrontés parfois à un mur de doutes. Belle idée : on ne voit le vrai public que lors des premières images. Par la suite, les seuls spectateurs sont ceux de la salle de cinéma. Je me suis plongé dans ce mélange de notes et d’image avec un grand plaisir.

Starbuck, Ken Scott.

LA surprise canadienne de l’année qui change allègrement de la « tellement contente » Céline Dion ». Une comédie qui a, me semble-t-il, bien fonctionné grâce, surtout, au bouche à oreille. L’histoire à la fois drôle, désopilante, énervante, émouvante et surprenante de David Wosniak.

Dans la maison, de François Ozon.

Juste ce qu’il faut de perversion, de malaise, d’humour, d’étrange, de malsain.

Et aussi 2 Days in New-York, de Julie Delpy. J’adore cette femme. Réalisatrice, scénariste, compositrice, actrice, chanteuse (Mister Unhappy)… Tout ce qu’elle touche me parle. Pareil pour ce film, la suite évidente et jouissive de 2 Days in Paris, avec cette famille complètement barrée et ses relations épuisantes. Un film à l’égal d’un très bon Woody Allen.

Pour finir, Les invisibles, de Sébastien Lifshitz : Un documentaire qui nous renvoie à une époque pas si lointaine où évoquer son homosexualité en France n’était pas forcément une gaudriole. On entend, on voit, on sourit, on est ému devant la découverte, l’apprentissage, la passion, l’amour, le quotidien, de ces hommes et de ces femmes, sur fond de féminisme et de Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire. Loin de tout voyeurisme et de tout cliché, un documentaire tout en humanité avec un regard tendre sur ces hommes et ses femmes qui nous offrent leurs témoignages.

Bilan cinéma 2012

Etant le maître en ces lieux (j’adore ça), je crée une catégorie très importante pour moi : Le gâteau de l’année : mon pâtissier habituel ayant pris sa retraite, j’ai été contraint, la mort dans l’âme, de dire adieu à ses délicieuses pasteis del nata. Il a donc bien fallu me consoler en partant à la recherche de nouvelles douceurs. Et les aventures de Bilbo, c’est de la foutaise à côté d’un gourmand comme moi.

Pendant une bonne partie de l’année, je plaçais en tête le Paris-Brest de Jacques Genin. Quel délice ! Néanmoins, les derniers jours de 2012 m’ont apporté la révélation dans un écrin en carton : le chocolat d’Hugo et Victor supplante tout ce que je connaissais en matière de bonheur gustatif.

Hugo & VictorJacques Genin

Ca, c’est fait.

Bilan 2012

The End.