Cette Sylvie-là, elle est terrible !

Sylvie Avec toi 1

Sylvie Vartan nous a livré hier soir, au Grand Rex, un hommage digne, rock, émouvant, drôle… Avec de nombreuses anecdotes glissées entre les chansons, Sylvie ne réécrit pas l’histoire, elle raconte son histoire, sans fard : elle n’omet ni la passion, ni les engueulades à coup de porte de salle de bains cassées par jalousie. Tout cela donne une dimension autre à pas mal de chansons, et l’on se dit qu’on n’est parfois pas loin des correspondances Michel Berger/Veronique Sanson.

Le duo avec David Hallyday, particulièrement attendu, fut puissant. Le fils et la mère sur la brèche, se rattrapant l’un l’autre pour finir ce qu’ils s’étaient promis… un moment intense de cette soirée.

Sylvie n’omet pas non plus d’évoquer, dans un dernier discours particulièrement émouvant, le cercueil, des Champs à la Madeleine, les présidents et les anonymes réunis ce jour-là.

Sylvie et Johnny, c’est aussi une histoire du rock. Un couple de musique, de lumière, de feu.

Le passionné d’opéra en moi a fondu devant tant de dignité, de force, de passion. Une soirée terriblement wagnérienne et rock’n roll.

Cette Sylvie-là, mon vieux, elle est terrible !

 

Sylvie Avec toi 2

Sylvie Vartan, Victoire Carlota et moi

Sylvie Vartan au théâtre… Au départ, j’étais plutôt sceptique. La lecture L’amour, la mort, les fringues à Marigny m’avait  beaucoup amusé, mais le jeu d’actrice, il faut bien l’avouer, n’était pas là. Pourtant, après avoir lu les premières critiques de Ne me regardez pas comme ça, j’ai acheté une place. Après tout, c’est un événement, c’est Sylvie… Pourquoi manquer ça ! Je lui ai donc laissé une semaine de rodage, et hop, me voici dans la corbeille du Théâtre des Variétés, avec une impatience non feinte.

Je ne vais pas raconter l’histoire, on la trouve de long en large sur le net. Commençons par le commencement : l’écriture. C’est là que ça fait mal. Très mal. Si ce n’était pas Mergault qui avait écrit la pièce, mais une illustre inconnue, personne n’aurait misé dessus : le nom fonctionne, le réseau s’agite, et le théâtre est réservé pour quatre mois. L’écriture est poussive. Avec LE truc que je déteste dans le (très) mauvais boulevard : on sent le bon mot placé à tel endroit pour déclencher le rire. C’est agaçant. Profondément agaçant. A part quelques répliques savoureuses, pour lesquelles j’ai ri volontiers, le texte n’est ni drôle, ni mélodramatique, ni rien. C’est long, les phrases s’enchaînent et ne servent souvent que de prétexte pour étaler la pièce sur une heure et demi. Quant aux bons mots, la majorité est conservée pour l’auteur elle-même, l’autre n’étant alors qu’un faire-valoir ; cela pue à plein nez, et c’est détestable.

On est donc bien loin de l’écriture ciselée de Sylvie Joly ou de Valérie Lemercier : avec elles, le verbe se porte haut et sert autant les acteurs que les spectateurs. Avec Mergault, ce texte ne sert que son ego et son portefeuille.

Et Sylvie, dans tout ça… Eh bien, Sylvie m’a très agréablement surpris. Certes, Sylvie ne change pas et on reconnaît Vartan, parfois, dans l’intonation, la gestuelle. Son jeu est néanmoins nettement plus abouti que dans L’Amour, la mort, les fringues. Elle produit de louables efforts et s’en sort très bien. Le risque de se planter était important, elle relève le défi et réussit l’examen.

Elle s’amuse, c’est évident. Son plaisir d’être là est communicatif. La mise en scène la sert divinement, notamment dans le burlesque. La mise en scène de la promenade dans la campagne italienne est, à ce titre, parfaite. Son partenaire, Pierre Deny, est formidable et sait la mettre en valeur, l’accompagner dans son jeu.

Sylvie est à fond, mais n’est pas encore prête pour des rôles de poissonnière ou des rôles à contre-emploi. Pour cela, il lui faudra effacer la Vartan et OSER davantage. Pourtant, et c’est paradoxal, avec cette pièce, elle se met déjà en danger : elle aurait pu rester chez elle à faire des confitures, ou préparer, comme cela était prévu, son livre sur sa mère, puis faire la promo de son nouvel album. Et non, il lui a fallu cette nouvelle aventure. La mise en danger est réellement là, comme souvent quand on s’intéresse à ses choix. C’est pour ça que j’adore cette femme. La mise en danger est là, donc, mais ni avec le bon texte, ni la bonne partenaire.

Malgré mes réserves sur le texte, certaines scènes sont néanmoins savoureuses. Deux, en fait (c’est bien peu) : la scène du tiramisu et la scène du serpent. Ce sont justement les deux scènes où Sylvie doit dépasser ses limites, se sortir les doigts du cul et se mettre encore plus en danger. Là, Vartan s’efface pour laisser place à une véritable actrice. Le pire, c’est qu’on sent qu’elle aime ça. Alors pourquoi pas davantage ? C’est frustrant.

Si elle souhaite persister dans cette voie, ce que je lui souhaite, il lui faudra trouver un auteur digne de cette envie. Un auteur qui sache la pousser, la faire sortir de ses retranchements. Muriel Robin ? Pourquoi pas…

Quelle femme (d)étonnante !

Mon Bon Bout D’An 2012, 1/2

De nombreuses occasions permettent de se prêter au jeu du bilan. Le passage d’une année à l’autre en est une. Aussi me prête-je avec joie au marronnier du bilan de l’année écoulée. L’exercice est un peu pompeux, je le conçois. Mais maintenant que j’ai un compte Facebook, je ne peux pas décevoir mes nouveaux amis.

Triomphant comme un pompier sur sa grande échelle, voici donc mon bilan 2012 à moi. Les Awards de Svwem ! Que résonne le boute-selle !

Commençons par le bilan littérature. Encore des mots, toujours des mots, rien que des mots… Sans hésitation aucune, le livre qui m’a le plus marqué en 2012 (et pour longtemps, je pense) est

Home, Toni Morrison.

La sortie d’un livre du Prix Nobel de littérature de 1993 est non seulement un événement littéraire conséquent mais, surtout, fort égoïstement, un plaisir que j’ai du mal à dissimuler. Celui-ci est un tantinet différent de ses autres romans. On est certes toujours plongé en pleine littérature noire américaine. Mais le style, qui n’a jamais cessé d’évoluer, semble atteindre ici une pureté rarement atteinte.

La concision du verbe : chaque mot est choisi pour son sens profond et ce qu’il apporte à la phrase. Phrase taillée comme un diamant. Diamant qui permet de comprendre l’Histoire, de l’aimer, de la haïr et, surtout, de l’interroger. Un seul paragraphe suffit à faire vivre un personnage, avec ses sentiments, ses origines, ses idées, ses projets, sa relation aux autres. Un très grand livre d’une humanité profonde.

J’ai eu le grand plaisir de l’écouter lors d’une conférence, en septembre, à Vincennes. Je fus épaté par son humilité et l’intelligence qui se dégage de cette femme.

Dédicace Toni Morrison

Dans un tout autre style, je retiens de mes lectures

Une collection très particulière, Bernard Quiriny.

Toujours la présence de Pierre Gould, qui revient de livres en livres. J’aime beaucoup cette idée d’un personnage récurrent. On est ici face à un mélange de guide touristique et de collections de livres toutes aussi incongrues les unes que les autres. Mais je préfère ne pas trop m’étaler sur le contenu pour conserver la totale surprise au futur lecteur.

Quiriny est un auteur qui manie l’absurde avec brio. On devine Ionesco et Cortazar tapis quelque part entre les pages. Rien que la trouvaille de cet Empire dirigé par les « Bergères » (Les Assoiffées) lui aurait valu le Goncourt.

 Livres 2012

 

 Après les bouquins, les disques ! Il n’y en a qu’une, c’est :

Mylèèèène.

Son Monkey Me reçoit mon « Svwem d’or » parce que c’est comme ça. Quelle critique étayée et objective je vous livre là ! Je vous laisse néanmoins vous délecter de ma première critique musicale, en trois parties, publiée en ces pages : , et là.

Natalie Dessay, Clair de lune.

Son récital de mélodies de Debussy à elle. La Madame n’a peut-être pas la voix qu’il faut pour l’exercice, mais son sens du théâtre nous entraîne irrésistiblement au cœur du si proustien salon des Verdurin. Un programme tout en finesse. En revanche, je ne retiens pas son récital à Pleyel : agréable certes, mais trop de diva tue la diva. Une diva qui dit trois jours avant à qui veut l’entendre qu’elle en a ras la marmite de son métier, ça s’entend dès le premier escarpin qui foule le plancher. Une diva qui ne jette pas un regard à la salle et qui fait parler son pianiste à sa place pendant que Madame fait mumuse avec son bracelet qui brille (« oh, des diamants, que c’est joli »), ça me laisse froid, malgré toute la technicité de la voix.

Parmi les autres disques que j’ai (beaucoup) aimé écouter, Out Of The Game (Rufus Wainwright) qui a été l’occasion d’une très bonne soirée à la Cigale. Et le Berlin Nights, Paris Days d’Ute Lemper, qui nous transporte une fois encore dans un voyage dont elle seule a le secret.

Je ne peux aussi que saluer le travail réalisé par Culture Factory autour de l’Ultimate Collection Sylvie Vartan qui permet, chaque mois, de se plonger dans la caverne d’Ali Baba des différentes époques de la blonde : twist, yéyé, disco (un peu), rock (beaucoup ! ma préférée !)… Je découvre l’insouciance des années 60, la folie des années 70 avec une Sylvie rock en diable (la seule chanteuse capable d’être rock et sexy en parlant de champignons –Loup-, c’est elle), l’américaine des années 80… Je découvre tout cela avec gourmandise. Le calendrier des sorties s’étale jusqu’en octobre 2013. Encore une presqu’année de découvertes… (Je vous avez bien dit que j’étais intarissable sur le sujet).

 Disque 2012

Au-delà des disques, il y a les « chansons à l’unité ».

Je retiens donc :

Alizée, A cause de l’automne.

C’est parfait pour les échauffements de la course à pied, ça. Ça rentre dans la tête, ça annonce un album frais comme une fraise des bois.

Stephan Eicher, Donne-moi une seconde,

de l’album L’envolée. Une chanson qui me fait un effet frisson à chaque fois. Ou un effet larmes, c’est selon.

 

A suivre…

Les concerts nippons de Sylvie Vartan et les formulaires Cerfa

Dans le cadre de mon travail, je suis parfois amené à recevoir des gens pour les écouter se plaindre, pendant de longues heures, de leurs conditions de travail, de leurs horaires, de leur santé, de la pension alimentaire du gosse, de la mesure disciplinaire qui leur pend au nez…

Qu’est-ce qu’on se marre !

Serpillère

Pour être à fond dans mon rôle, je revêts à ces moment-là mon magnifique habit de « SOS Détresse Bonjour » et là, je suis le plus beau pour aller danser.

Bref, vous l’aurez compris, le « Bureau du Bonheur », de temps en temps, c’est moi.

 

Après avoir souri aux gens et assuré que tout ira bien, je dois remplir tout un tas de choses administratives afin de consigner les échanges. C’est que je ne suis pas le dernier pour rigoler, moi.

Et c’est là que le militant qui sommeille en moi se réveille, à l’instar de Smaug le dragon à l’approche de Bilbo le Hobbit.

Il se réveille souvent, cela dit, le militant.

Par exemple, devant une assemblée de gars bien virils (« on est jamais trop aidés », avec la liaison placée là où il convient) à qui je dois fièrement présenter mon Powerpoint sur les modifications d’organisation du 1% patronal, j’évoque toujours la possibilité que le conjoint soit un conjoint. Pas forcément une conjointe. Ça fait toujours son petit effet (rire gras pendant deux secondes) mais, à chaque fois, j’ai étonnamment droit à la plus grande attention et, parfois, je suis gratifié d’un sourire discret et apaisé par le type caché au fond près du radiateur.

Par exemple, lorsque, devant une bienveillante assemblée de directeurs et de RH, on me demande mon avis sur l’origine des risques psychosociaux dans telle entreprise, j’évoque –entre autre- l’homophobie, je récolte des discrets « ah oui c’est vrai on n’y avait pas pensé ».

Par exemple, à la cantine du boulot, lorsque j’évoque avec passion l’Ultimate Collection de Sylvie Vartan, avec ses cds identiques aux vinyles originaux qui paraissent chaque mois (je suis intarissable sur le sujet). Ou quand les collègues croisent la jolie affiche de son Palais des Congrès 2008 qui trône fièrement derrière ma porte. N’a-t-elle pas chanté J’ai un problème ? ça ouvre la voie de la confidence, je trouve.

Je trouve ça chouette de remuer de temps en temps ces consciences bien rangées.

J’évoquais la paperasse quotidienne du boulot. En effet, sur la plupart des formulaires internes que nous utilisons, sont mentionnés non seulement le salarié de la boîte mais aussi, s’il existe, son conjoint. Les cases à remplir étant alors classiquement précédées d’un non moins traditionnel :

« Monsieur / Madame ».

J’ai donc eu cette semaine l’occasion d’une petite fierté personnelle, en voyant valider par mon boss une de mes propositions : remplacer ce « Monsieur / Madame » tellement cliché par un :

« Salarié(e) / Conjoint(e) ».

Histoire de coller un peu plus à la réalité des questions de société actuelles.

Aussitôt dit, aussitôt fait : « Je fais la modif tout de suite, merci pour ta remarque ».

Bon, c’est pas un Cerfa non plus, on est d’accord. Mais c’est un petit pas de plus.

Du coup, ma petite récompense du jour : les Vinyls Replica Deluxe (c’est comme ça qu’on dit) des concerts japonais de Sylvie Vartan de 1971 et 1973. C’est précis comme le tableau périodique des éléments. Et vu l’intitulé de mon blog, soyez certains que je vous en reparlerai. Mais si, c’est passionnant, je vous assure !

 Sylvie Japon